Le hameau des Quelles

Article de Monsieur Claude JEROME


Le hameau des Quelles - parfois orthographié Yquell dans les documents allemands de la fin du 19ème  et du début du 20ème siècle, également les Quevelles dans les archives françaises les plus anciennes - est l'un des nombreux composants de la commune de La Broque.

Autrefois, il faisait partie de la Principauté de Salm, indépendante jusqu'en 1793, et hébergeait, comme plusieurs autres lieux isolés du secteur, des cultivateurs-éleveurs mennonites.

Un document en possession de Joseph BACHER, descendant de ces familles de demeurant sur place, nous livre les patronymes les plus courants et la diaspora du groupe. Il s'agit d'un relevé des dons destinés à l'entretien du cimetière privé des Quelles. On y relève les noms et endroits suivants : la veuve BELLER du Bambois, la veuve SOMMER de Schirmeck, Joseph BACHER de l'Evreuil, Jean BACHER de'France' (sic !), Jean GINGRICH de Geisswasser, la veuve SCHERIG de Schirmeck, Joseph LAUBER  de Colroy, André BACHER de l'Evreuil, Christian BACHER du Chauffour, Henri NEUHAUSSER de Charasse, Jean BACHER du Bambois.

Beaucoup connaissent bien à présent le cimetière de Salm, le seul d'Alsace étant inscrit à l'inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, par contre peu se sont rendus jusqu'à présent à celui des Quelles, qui, a vol d'oiseau, n'est  pourtant situé qu'à un peu plus d'un kilomètre du premier.

Il est vrai que son cadre est moins pittoresque et son ordonnancement moins romantique. Mais une grande partie de ses pierres tombales sont tout aussi remarquables que celles de Salm et constituent indéniablement elles aussi des témoins d'un art  populaire encore méconnu et énigmatique.

Propriété  privée des familles BELLER-BACHER, il a été offert en  1975 à la commune de la Broque qui, en échange, se charge de son entretien et de sa conservation.

Nous ne reviendrons pas ici sur le problème de la signification du cœur gravé ou sculpté sur les pierres funéraires du secteur et qui, jusqu'à présent, n'ont pas pu être expliqués autrement que par de suppositions. Mais les stèles du cimetière des Quelles présentent un autre symbole tout aussi curieux, une étoile, le plus souvent à six branches, dont la signification -  si on l'estime différente d'un rôle uniquement décoratif - reste encore à définir.

Le  fait de s'intéresser aux pierres tombales anciennes des mennonites ne relève ni d'une mode, encore moins d'une 'nécrophilie' maladive. C'est que la plupart d'entre elles sont les seuls restes tangibles et concrets d'une  mini-civilisation, d'une mini-culture, différentes de celles de la société englobante, et par là-même des témoins sociologiques irremplaçables. C'est ce qu'ont bien compris deux chercheurs allemands, Werner ENNIGER  et Michèle WOLFF qui, depuis plus d'un an, travaillent sur ce thème.

Pour l'instant, nous vous proposons de jeter un coup d'œil sur deux pierres de ce cimetière choisies pour leur représentativité. Le dessin de chacune d'elles est accompagné d'un commentaire destiné à mettre en évidence les observations d'ailleurs non exhaustives que l'on peut faire à ce sujet.

En dehors de sa forme si particulière et de son décor, la pierre tombale d'Elisabeth SOMMER tire son originalité de son inscription. Deux éléments de cette dernière sont surprenants : la notion de 'cœur' et la mention de seul prénom du mari.
Par contre les défauts d'orthographe - des erreurs à REPOSE, ELISABETH, AGEE, DECEDEE - sont courants dans les épitaphes qu'il  nous a été possible de relever dans le secteur. Elles trahissent le travail du sculpteur, peut-être un simple tailleur de pierres, d'origine modeste et ne maîtrisant qu'imparfaitement la langue française. C'est bien pourquoi nous avons qualifié, dans d'autres études consacrées à ce problème, cet art naïf d'art populaire.

Des erreurs existent semblablement dans les nombres et les dates. En effet, les registres d'état-civil précisent qu'Elisabeth SOMMER n'avait que 47 ans à sa mort, et non 49 comme indiqué, et aussi qu'elle est décédée ''le 22 mai à 8 heure du matin'' et non le 24.

L'acte de décès rédigé par le jeune secrétaire Emile ANTOINE de La Broque nous fournit d'autres précisions intéressantes :la défunte, cultivatrice, fille de Jacques SOMMER et de Barbe ROBY, était l'épouse de Pierre BACHER, 52 ans en 1871, domicilié à Bourg-Bruche.

Pourquoi se trouvait-elle chez son frère Jacques, aux Quelles, au moment de son décès ? Pourquoi ne fut-elle pas enterrée à Bourg-Bruche où les mennonites avaient pourtant un cimetière, au lieu-dit l'Evreuil, et où elle demeurait habituellement ?  Nous l'ignorons pour l'instant.
La pierre tombale de Christian GERIG mort en  1859 au proche Salm où la famille avait fait souche comporte les habituelles fautes d'orthographe et les classiques erreurs dans les nombres, si l'on s'en tient aux dates figurant dans le très officiel registre d'état-civil. Mais le plus important nous semble ailleurs.

Tour d'abord dans la manière d'orthographier le patronyme de notre personnage. En effet, au hasard de nos lectures, nous avons rencontrés les variantes suivantes. CHERICK (pierre tombale, 1859) - SCHERICH (signature de Joseph, 23 ans, le fils du défunt 1859) - SCHOERIQUE (état-civil de La Broque, 1859) GERRIG, KERICK, KERIK, KERIQUE (Ste-Marie-aux-Mines, 1766) - GERIQUE (Menoncourt, 1846), SCHERICK, SCHIRSCH, SHERK (recherches hist. sur les anabaptistes P 296).

Autre curiosité :comment se fait-il que demeurant à Salm - ou bien dans la ferme à présent Maison Forestière du Coucou, ou bien dans celle actuellement connue sous le nom de café Dock-Adam-Casner, toutes deux anciennes propriétés de la famille Christian GERIG soit enterré aux Quelles.

La réponse nous est fournie par Pierre SOMMER qui, dans son irremplaçable série intitulée " Historique des Assemblées ", signale une ''désunion regrettable'' dans l'assemblée survenue vers 1850 et que certaines familles se réunissaient à Salm même et d'autres - notamment les SOMMER, dont faisait partie l'épouse défunte -  au proche hameau des Quelles.

Il ne nous reste plus qu'à signaler une dernière curiosité. Au dos de la stèle figure l'inscription suivante : ''Catharina BAECHER Ehefrau von Christian SCHERICH, Geb. auf dem Salm den 15ten Februar 1831, entschlafen in dem Herrn den 3ten April 1887''.Sur la tombe voisine, on lit : ''Christian SCHERICH, décédé le  17 7bre 1892 âge de 62 ans''. Enfin sur une pierre commémorative scellée dans la façade du berceau de la famille, on peut lire : Fondée en  1862 par Christiane (sic) et Madeleine cultivateurs à Salm.

Quatre Christian GERIG ont donc vécu à la même période sur les lieux, à moins que l'un d'eux se soit  remarié, car le nom des épouses est chaque fois différent.
                                                               
                                                                                                                                  Claude JEROME

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